Lorsque le personnage devient la marque!

By Annie Joan Gagnon

Jan 20

Elle est un rayon de soleil, une fille énergique si authentique! Je l’ai rencontrée pour la première fois à l’école Saint-Sacrement où je travaillais comme interprète. Parée de son costume de Gribouille Bouille, elle venait présenter son numéro aux élèves. Depuis, elle et moi sommes amies. Son nom? Julie Royer. Elle brille de tous ses feux auprès des enfants et aussi dans le domaine littéraire. Sans oublier qu’elle joue de la musique dans un band country! Je vous présente ici le parcours d’une artiste accomplie. Découvrez la magie des possibilités lorsque le personnage devient la marque!

-Tu t’es d’abord fait connaître par la biographie de Roger Lemelin qui a été publiée aux Éditions XYZ en 2002, est-ce que Gribouille Bouille existait à ce moment? Peux-tu nous raconter comment ce personnage est venu à toi?

En fait, j’ai fait une maîtrise portant sur l’histoire de la littérature romanesque québécoise et la religion catholique, entre 1900 et 1965, intitulée La subversion du discours clérical dans trois romans carnavalesques du Québec. Roger Lemelin faisait effectivement partie des auteurs à l’étude. Mais j’ai découvert le père de la famille Plouffe bien avant mes études de maîtrise. C’était à l’aube de mon adolescence. En regardant le film Les Plouffe, réalisé par Gilles Carle, j’ai été marquée par la musique de Stéphane Venne, par la voix de Nicole Martin et par le personnage d’Ovide Plouffe, l’artiste incompris, le marginal. Aussi, quand j’ai découvert que Roger Lemelin était au programme, dans l’un de mes cours au baccalauréat en études littéraires, à l’UQAM, j’ai voulu tout savoir à son sujet! Ce qui fait que j’ai entrepris des recherches qui m’ont menée à l’écriture d’un récit biographique une fois mes études terminées.

Par ailleurs, durant mes études, pour gagner ma vie, je faisais de l’animation dans des camps de jour. Je donnais des ateliers d’arts plastiques et j’adorais cela. Un jour, la propriétaire d’une petite entreprise d’animation de fêtes m’a téléphoné. Elle cherchait une maquilleuse pour l’assister dans un centre commercial. J’ai accepté. Elle m’a fourni un costume de clown et a baptisé mon personnage Gribouille. C’est ainsi que j’ai commencé à faire de l’animation clownesque. Au fil du temps, j’ai appris à faire de la sculpture de ballons et des tours de magie. Puis j’ai commencé à jouer de la guitare. Alors, je me suis dit que ce serait bien de présenter mes chansons au cours de mes ateliers. Ensuite, j’ai commencé à écrire mes histoires. Plus tard, je me suis mise à faire de l’animation dans les bibliothèques et les écoles, les foires, les festivals. En 2011, j’ai publié quatre livres dont Gribouille est le personnage, aux Éditions du Phoenix. En 2014, J’ai même fait un disque, intitulé Gribouille Bouille : Chansons. Ouf! J’en ai fait, du chemin, depuis vingt-cinq ans!

Julie Royer dans son personnage de Gribouille Bouille
Crédit photos: Yves Junior Brousseau

-Selon toi, que représente Gribouille Bouille pour les enfants? Qu’aiment-ils particulièrement chez elle?

Je crois que les enfants aiment Gribouille Bouille parce qu’elle s’émerveille devant les petites choses de la vie et qu’elle aime jouer! Et puis, elle est passionnée par les livres! Elle en a de toutes sortes dans ses valises, qui, dès qu’on les ouvre, font vivre toutes sortes d’émotions. Les enfants raffolent des histoires qui émerveillent, font sursauter, frissonner, rire et voyager. Tout comme Gribouille Bouille!

-Tu as entraîné ton conjoint, Bonbon, dans l’aventure. Est-ce que c’était, au départ, un concept que vous aviez élaboré ensemble? Si non, a-t-il été difficile de le convaincre à jouer à tes côtés?

J’ai rencontré Yvon Letarte il y a vingt-cinq ans, lors d’un spectacle en plein air. Ça a été un coup de foudre amoureux et professionnel. Il faisait partie d’un groupe musical uniquement composé de musiciens masculins. Ils cherchaient une voix féminine. J’ai passé une audition. J’ai été retenue. C’est ainsi que nous avons commencé à nous fréquenter. Il m’a fait entrer dans son groupe, je l’ai intégré à l’univers de Gribouille Bouille sous le nom de Bonbon d’Amour le joueur de tours. Depuis, nous avons vécu mille et une expériences, nous avons joué sur plusieurs scènes. En plus de notre disque et de nos spectacles, nous avons conçu une série d’émissions intitulée Gribouille Bouille, avec laquelle nous avons remporté, en 2015 et en 2016, les trophées pour la meilleure émission jeunesse diffusée sur les ondes de COGECOTV. Et ce n’est pas fini! Nous avons une multitude de projets!

Avec son complice Yvon Letarte, alias Bonbon

-Est-ce que les enfants te reconnaissent aussi en tant que Julie Royer? Quand tu es dans ton personnage de Gribouille Bouille, est-ce que la magie disparaît si quelqu’un t’appelle Julie? Est-ce déjà arrivé?

Les plus vieux me reconnaissent en tant que Julie Royer et ils savent que j’incarne un personnage appelé Gribouille Bouille. C’est parfait pour eux. Ils font la différence entre l’artiste et son personnage. Il y a par ailleurs des tout-petits qui me reconnaissent, parfois, alors que je ne porte pas mon costume et qui pourtant s’adressent à moi en tant que Gribouille Bouille. Je les trouve mignons. L’autre jour, j’ai rencontré des élèves de troisième et de quatrième année. Je les visitais à titre d’artiste. À un moment donné, ils ont réalisé que c’était moi qui incarnais Gribouille Bouille. Déçus, ils ont demandé pourquoi je ne portais pas mon costume! Ah! Et puis, dans la rue, quand je sors, même si je ne porte pas mon costume, les gens disent : « C’est Gribouille Bouille! ». Bref, je crois que les gens aiment bien mon personnage et ils le voient à travers moi, l’artiste. Cela ne me cause pas de problème. Je suis d’ailleurs toujours heureuse de rencontrer les gens et de leur parler de mes personnages!

-Auparavant, tu travaillais pour la commission scolaire de Saint-Hyacinthe. Quand as-tu pris la décision de vivre de ton art à temps plein? Comment s’est déroulée la transition entre la stabilité d’emploi et ta vie professionnelle artistique?

Il a d’abord fallu que je fasse le saut, ce qui n’a pas été facile : je travaillais avec des enfants et des enseignants extraordinaires depuis plusieurs années et j’aurais passé ma vie entière à leurs côtés. Mais un jour, je me suis dit que je devais plonger dans le vide pour tenter de réaliser mes projets de musique et d’écriture. Aussi, un matin, je me suis réveillée plus tôt qu’à l’habitude pour rédiger une lettre de démission. Je l’ai remise à la direction et j’ai demandé qu’on me remplace rapidement, pour ne me donner aucune chance de revenir en arrière.

J’ai alors amorcé une nouvelle vie, comme on aborde une page blanche : avec la sensation que tout est possible. C’est grisant. Mais c’est aussi parfois insécurisant parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Avec discipline, j’ai travaillé sans relâche pendant les années qui ont suivi. J’ai essuyé des refus, j’ai vécu de l’insécurité mais j’ai persévéré. Aujourd’hui, je suis fière de ce que j’ai accompli : j’écris et je fais des spectacles. C’est mon métier! Il faut dire que je suis bien entourée. Je pense notamment à Yvon, mon complice, qui est toujours là pour m’encourager et qui me pousse constamment à me dépasser. Mais je pense aussi avec gratitude à toute l’équipe de Boomerang Éditeur Jeunesse, qui croit en moi, qui me stimule et avec qui j’ai un grand plaisir à collaborer.

-En terminant, est-ce que toi, ou Gribouille Bouille, aimerait adresser un souhait à nos lecteurs pour la nouvelle année 2017?

En 2017, Gribouille Bouille et moi-même souhaitons, à toi et à tes lecteurs, de la joie, de l’inspiration, des découvertes, du temps pour faire ce qui vous passionne et surtout… pour lire! Bonne Année!

Pour suivre Gribouille Bouille à travers ses aventures, rendez-vous sur la page www.gribouillebouille.com

Commentaires

commentaires